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Les feux de signalisation


Et dire que ça paraissait simple ...

Ce matin en marchant vers le travail, comme d'habitude je laissais mes pensées voguer un peu au hasard et finalement elles ont fini par se poser sur cet important problème de sécurité nationale : la signalisation routière. En fait soyons franc cela me trotte dans la tête depuis quelques temps, depuis que je suis sorti un peu de chez moi pour voir comment cela se passe ailleurs. Il va falloir que je fasse particulièrement attention à ne pas déborder sur ce sujet, très sensible en France pour ne pas déclencher l'ire de toute la classe bien pensante qui pourrait y voir une expression politiquement incorrecte sur un sujet qui touche le fondement de notre société. Une des premières choses qui m'a fait assez bizarre en arrivant au Canada : Les feux de signalisation ne sont pas placés du coté de la route ou l'on doit s'arrêter pour attendre, mais en face au début de la voie que l'on désire emprunter. J'avoue que je ne m'y attendais pas. Dans un premier temps cela m'a plutôt amusé, puis laissé perplexe.

Evidement la première réflexion sensée qui pourrait s'imposer à première vue serait une différence d'acuité visuelle expliquant ce phénomène. Les Français pourraient souffrir d'une plus grande tendance à la myopie, alors que nos amis canadiens seraient globalement dotés d'une vue plus perçante. Le vieillissement actuel de la société française pourrait d'ailleurs confirmer ce type de raisonnement, dont il convient de tenir compte. Néanmoins la décision de la mise en place de ce type de signalisation étant antérieur à ce phénomène, il convient d'en chercher ailleurs l'explication. Comme dans une volonté politique qui aurait conduit nos fonctionnaires à proposer puis mettre en ouvre, le type de signalisation que nous devons actuellement subir, accepter et respecter. Une fois ce clivage physique dépassé, envisageons donc les arguments qui porteraient à penser que nous détenons la une des clefs d'une différence essentielle entre nos deux cultures, qui met en évidence une vision bien différente de la vie en générale et de la manière de l'aborder.

Antithèse :
Quand un conducteur canadien aborde un carrefour, un croisement, une intersection, qui est doté d'une signalisation par feu tricolore, il se doit d'élever le regard afin de le porter dans la direction qu'il désire suivre afin de s'assurer que la voie qu'il veut emprunter est au vert. Dans ce cas il continue sa route, traverse l'intersection, puis croise le feu qui lui a donné l'information dont il avait besoin pour traverser en toute sécurité. En France cela ce passe un peu différemment. Le conducteur arrive à un croisement, aperçoit un feu de signalisation, un premier coup d'oil circulaire lui permet de tenter de repérer la présence des forces de l'ordre. Puis il se focalise sur le feu de signalisation qui lui bloque le passage et toute anticipation sur ces actions futures. Si le feu est orange ou rouge pas trop mur, il présume que c'est toujours à lui de passer et fonce. De toute manière une décélération brutale n'est pas bonne pour la mécanique et un véhicule est prévu pour rouler pas pour s'arrêter. Il s'engage donc dans l'intersection rapidement, pour laisser derrière lui l'interdiction, qu'il pourra toujours prétendre avoir franchie juste à temps, avec le secret espoir d'être suffisamment rapide pour prendre de vitesse le conducteur qui, de l'autre coté, à la perpendiculaire, attend son tour. Toute son attention a été à tel point focalisé sur les lumières clignotantes du feu, qu'il en a, la plupart du temps, complètement oublié de porter son regard plus loin.

Synthèse :
Deux philosophies de la signalétique routière s'affrontent ici. Le système canadien propose une vision plus informative et mettant en jeu la responsabilité de l'individu. Vous arrivez à un carrefour, la route est libre, plus loin après l'intersection vous voyez l'information qui vous indique si vous pouvez passer en toute sécurité ou non. Comme vous êtes sensé et prudent, vous vous arrêtez et attendez que la voie soit dégagée pour vous engager, vous voyez à plus long terme, vous êtes encouragé à prendre en compte votre environnement et vous-même et à anticiper. En France notre façon de faire est beaucoup plus autoritaire, voir liberticide. Vous arrivez à un croisement et la signalisation vous ordonne de vous arrêter à ses pieds, vous êtes évidemment bien trop irresponsable pour avoir conscience du risque que vous pourriez prendre, il convient donc de vous interdire clairement l'accès. Telle une barrière physique on bloque votre évolution, cela va jusqu'à l'interdiction de penser, vous en êtes dispensé, le système pense à votre place vous n'avez qu'à obéir pour votre bien. Dans certain cas cela ne peut qu'encourager la rébellion qui est une des facettes de l'esprit français, qui adore passer outre les règles que l'on veut lui imposer.

Parenthèse :
Aie ! Je crois bien que j'ai dérapé un peu et débordé du cadre de mon sujet. Il faut aussi reconnaître qu'il y a eu une prise de conscience politique du problème ainsi qu'une très énergique volonté de faire évoluer les choses qui depuis quelques années à changer notre façon de circuler. Ainsi nous avons importé d'Angleterre un nouveau système de gestion des intersections de manière à supprimer le plus possible toutes ces interdictions autoritaires pour les remplacer par un système beaucoup pour libre et fluide de rond point. Cela nous permet de faire librement plusieurs tours sur nous même sans jamais nous arrêter avant de décider de la direction à prendre.

Conclusion :
Je crois finalement que la marche à pied me convient très bien. Je peux de cette manière me déplacer librement sans trop me préoccuper du code de la route et en faisant simplement attention à éviter de rencontrer trop violemment les autres individus qui circulent. Ne croyez surtout pas que ce mode de déplacement soit sans risque. S'il vous exonère de tout problème d'ordre mécanique ainsi que de la fluctuation du cours du pétrole, vous devez néanmoins faire très attention à éviter les multiples déjections qui jonchent nos trottoirs. Hum ! Voilà encore une spécificité française que ne connaissent pas nos amis canadiens et qui complique grandement nos déplacements, nous obligeant toujours à regarder, vers le bas, le sol où se posent nos pas.



   Jp 17 janvier 2006   


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