Simplicité

Une journée canadienne typique


L'avenir est à ceux qui se lèvent tôt. C'est pourquoi je me réveille en général vers 4h ça me laisse le temps d'un café et d'enfiler quelques blues scale pentatonique sur ma De Armond chérie. Diable que je l'aime celle la ! Pas un jour sans que je la caresse langoureusement de toutes mes attentions amoureuses, entourant son corps accueillant, ses hanches rondes, la faisant vibrer et soupirer, du bout des doigts ou à pleines mains dans de folles chevauchées ou de douces ballades sensuelles en accords voluptueux.

6h C'est le départ au travail. 6h20 Je commence à checker mon bus, quelque soit le temps ou la température, je tourne autour pour vérifier les 123 points de contrôle quotidien obligatoire avant de partir pour mon morning run. Franchement je peux vous assurer que, dans le froid, le vent, la pluie, la neige, la nuit, à la lueur de ma lampe de poche, c'est rugueux ! Un vrai travail d'homme, (bien qu'il y ai aussi beaucoup de femmes chauffeur de bus scolaire). Je suis chauffeur professionnel et mon obsession est la sécurité, sans concession, aucune, jamais !

7h18 Je prends livraison de ma première petite étudiante congelée qui m'attend sagement pétrifiée immobile. En général ils mettent 10 minutes à se réchauffer avant de revenir à la vie. Si vous avez déjà conduit avec deux ou trois enfants sur la banquette arrière vous pouvez essayer d'imaginer ce que ça peut être d'en conduire 70. Ça bouge et ca fait du bruit ! Pendant tout le run c'est très intense. Entre rester attentif à la route et à la circulation et gérer tout ce petit monde qui chahute derrière. Régulièrement il faut arrêter le bus pour rétablir le calme l'ordre et la sérénité. A 1 contre 70 pas le moment de tergiverser, il faut rester sobre et cohérent si on veut survivre clin d'oeil N'importe quel parent comprendra de quoi je parle, et c'est pourquoi pour noël on est couvert de cadeaux de remerciement bien mérité sourire 9h Je largue ma dernière cargaison à l'école et je rentre chez moi pour un diner déjeuner souvent suivi d'une petite sieste pour récupérer un peu de sommeil. Temps libre jusqu'à 14h pour la reprise à l'école et retour à la maison vers 16h30 environ.

J'aime les odeurs chaudes d'épices bizarres qui entrent dans le bus certains matins. La maman japonaise en kimono qui coure avec sa fille au bus. Ce petit bout haut comme trois pommes qui force toute la famille à attendre que je repasse en sens inverse pour saluer le gros monsieur en bus jaune (il doit me voir comme un espèce de centaure hybride mi-homme mi-bus) plus tard certainement il sera lui aussi bus driver. J'aime cette sensation de finir ma journée de travail en ayant survécu un jour de plus, garant de la sécurité de tous. Que tout ce soit raisonnablement bien passé. D'avoir fait de mon mieux. J'aime quand je roule, que le réservoir est plein et que le bus va bien. J'aime voir ces centaines de corbeaux qui s'envolent en vagues dans le soleil couchant. J'aime ce pommier qui n'a plus de feuille mais garde ses pommes suspendues comme par défi ou en décoration d'hiver. J'aime voir ce pays, ces paysages et ces gens. J'aime les signes de main qu'on s'envoie sur la route. J'aime quand je rentre chez nous le soir ...

Hier matin lors du workshop de training mensuel on m'a donné une médaille pour un an de conduite sécuritaire. Deux fois par an on fait une évaluation d'une heure de conduite sur route avec un inspecteur et j'ai été cité pour une conduite exemplaire lors des deux derniers tests dans la lettre mensuelle que j'ai aussi reçu hier ... Moui, ben oui, j'avoue, j'en suis fier.



   Jp 11 décembre 2010   


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