Instinct

La tempête de neige


Fin février, le temps passe vite et on peut dire qu'il a été très clément cette année. C'est la pause entre midi et deux. Depuis la veille la météo annonce une bordée de neige qui devait débuter à 7h ce matin, mais on a encore rien vu. Juste quelques flocons éparts, dispersés, comme égarés dans cette belle dernière journée avant la fin de semaine. Je regarde Ruquier On ne demande qu'à en rire sur TV5 internationale que notre diffuseur de câble nous offre décryptée gratuitement depuis aujourd'hui jusqu’à mi avril. Ça sent la France. Cet humour de chez moi qui n'est plus chez moi. Souvent il y a des nuances et des références à des événements que j'ignore, tient on dirait qu'il y a des élections en France ... c'est loin tout ça ...

13h30 Il est temps de repartir je dois faire les écoles pour ramener mes petits chez eux. Ils comptent sur moi pour rejoindre leur maison et leur famille. Je suis l'homme qui est toujours à son poste et toujours à l'heure en cette troisième année scolaire. Je n'ai jamais raté une journée de classe. Il fait encore correct quand je gare mon bus devant l'école, on s'aligne à 4 bus en ordre bumper contre bumper (pare-choc) en attendant le flot de petits élèves. J'en ai des tous petits qui ont du mal à monter les 3 hautes marches du bus et des plus grands qui ont poussé trop vite et qui sont déjà prêt à affronter les grandes classes, presque adultes.

D'un seul coup ça se met à tomber, dur, dru, sévère, sérieux. Les enfants arrivent, les cheveux et les bonnets tout couvert de dentelle blanche. Mes essuies glace ont deux vitesses et je les met en haute pour tenter de les débarrasser de la couche de glace qui s'y forme. Ça tombe vraiment et la visibilité se réduit beaucoup.

Départ du premier run de l’après midi ... d'expérience je réduis d'instinct ma vitesse, prudence et précaution. J'ai une cargaison précieuse, je dois faire très attention et je me concentre. En priorité anticiper ! Je connais bien mon trajet et mes enfants. Je m’aperçois vite que le bus commence à envoyer l’ABS aux stop et à glisser sur les 2 cm de neige qui se déposent déjà en couche sur la chaussée. Alors que j’attends pour tourner à gauche une voiture en face de moi se met pour ainsi dire en travers de la route en essayant de s’arrêter au croisement. OK, j'ai compris l’après midi va être difficile, je réduis considérablement ma vitesse, on va faire le run au ralenti pas le choix pour la sécurité. D'ailleurs je ne suis pas le seul, mes collègues commencent à annoncer leur retard sur la radio.

La neige tombe toujours fort en gros flocons très serrés. Cette fois c'est clair c'est la tempête qui nous tombe dessus. J'arrive pile poil à l'heure pour ma deuxième école et avant de repartir je préviens mes petits amis que vu les conditions et le danger sur la route j’attends qu'ils restent bien assis et ne changent pas de place durant le trajet en se tenant calme (le tout en anglais dans le texte). Je n'ai pas l’habitude de leur faire de tels longs discours donc j'obtiens un calme relatif de bon aloi sourire et c’est tant mieux, car je dois me concentrer presque totalement sur ma conduite. A la radio une de mes collègues signale être stuck (bloquée) dans une montée que je connais bien, effectivement les conditions sont très difficiles. En 1h on a 10cm au sol ça glisse beaucoup je ne compte plus les véhicules en perdition que je croise. Camionnettes qui glissent et rebondissent contre les trottoirs ou les tas de glace sur les bas cotés, voitures en travers, dérapages incontrôlés sur plusieurs mètres.

J'ai l'adrénaline à fond en terminant avec une dizaine de minutes de retard mon dernier run. Aucun parent ne s'est plaint, tous comprennent bien que l'important aujourd'hui ce n’est pas d’être à l'heure mais d'arriver ! Voila c’est faite ! le bus est vide je suis soulagé. Dure journée ! J'ai du employer tout mon savoir faire et mon expérience de trois hiver de school bus driver pour que tout se passe bien. Je rentre la voiture dans le garage, enlève mes bottes dans l'entrée, une bonne odeur de bœuf en sauce, je me sens vieux, fatigué, heureux d’être en weekend, fier et soulagé d'avoir passé cette journée. Je laisse le mauvais temps dehors, je suis en sécurité avec ma chérie ... Tout va bien. Demain il va falloir pelleter ... mais pas ce soir.



   Jp 25 février 2012   


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