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Avoir faim


Avoir faim, voila une sensation/expérience qui a changé ma vie, et depuis je ne la vois plus de la même façon. J'avais 18 ans et j'étais en stop dans les Alpes sur la route entre France, Italie, Yougoslavie et Grèce dans une autre vie et un autre temps. J'avais faim, faim à finir une barquette de riz abandonnée dans une poubelle de grande surface, faim à frapper à une porte pour demander un ouvre boite pour la boite de sardine que m'avait offert un routier et qui me résistait. Le gars m'a offert de la déguster devant sa maison avec un verre de vin que j'ai bien apprécié. Faim à remercier cette madame qui m'a offert un bon gros bout de saucisson à l'ail et du pain avec un ''j'espère que ça vous permettra d'aller plus loin mon brave ''.

Le temps a passé, pas mal, beaucoup, si vite finalement. Depuis jamais je n'ai vraiment eu à me préoccuper d'avoir assez d'argent pour m'acheter à manger. J'ai travaillé pour, toute ma vie, je continue et je continuerai. Toujours j'ai apprécié d'avoir une femme à embrasser, désirer et que rien d'autre ne compte. Pourquoi se plaindre quand on à la santé, une femme à aimer, des enfants à rêver et espérer heureux, une guitare à gratter et des mots à écrire. Un travail, pour vivre et être utile, ressentir et exister.

Avoir faim, ce souvenir me suivra toujours, relativisant tout, permettant d’être juste et pondéré, d'être tendre et doux avec moi-même et envers les autres. Et aussi d’être dur envers moi-même, de refuser de m'écouter trop et de me laisser aller a trop de facilité ou de condescendance. Avoir faim c'est savoir, connaître son humanité, être prêt à tendre la main et aussi gifler l'autre quand il le mérite, comme on mérite parfois de l'être.

Souffrir aussi fait grandir mais la faim reste mon maître.

Parmi tous les livres qui depuis plus de 50 ans ont croisé ma route et les mythes qui m'ont touché, il restera dans mon panthéon personnel : L’épopée de Gilgamesh, L'évangile selon Jean traduction sublime de Sœur Jeanne d'arc, et la Pistis Sophia évidement traduction Amélineau. Textes magistraux de la littérature humaine avant même d’être religieux, fulgurants, inspirés, transperçant l'âme comme une flèche, d'une blessure indélébile qui jamais ne se referme. Ouvert sur la beauté, la poésie, et la lutte du bien et du mal. Quand le cœur saigne, que l'espoir et l'amour sauvent, que toutes ces notions s'emmêlent en complexité simplement pour devenir humaines et formidablement touchantes. Pour que "rien de ce qui est humain ne me soit étranger" comme citait Monsieur Dubourg mon prof de grec et francais, pour se connaitre un peu plus soi-même, pour un supplément d’âme ou juste pour aller un peu plus loin ...




   Jp 14 août 2012   


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